Face à la cicadelle vectrice de la maladie, les viticulteurs bio manquent de solutions efficaces. L’étude qui suit explore l’optimisation du pyrèthre naturel, révélant que certains modes d’application offrent une meilleure efficacité.

Les mesures prophylactiques pour lutter contre la maladie

La flavescence dorée est une maladie toujours bien présente dans les vignobles européens, notamment en France et en Italie, obligeant parfois les producteurs à arracher des parcelles entières et entraînant d’importantes pertes économiques. La lutte contre cette maladie repose sur plusieurs axes parmi lesquels des mesures prophylactiques qui consistent en premier lieu en l’implantation de matériel végétal sain dans les parcelles. Les bois de greffage et les plants greffés‐soudés font l’objet d’un traitement à l’eau chaude avant plantation.

Le second volet de la prophylaxie est la surveillance sanitaire des vignobles touchés par les Groupements de défense contre les organismes nuisibles (GDON). Dès l’apparition des symptômes, les pieds malades sont arrachés afin de limiter les foyers. Dans les zones où la maladie est présente, la lutte repose également sur la maîtrise des populations de son vecteur, la cicadelle Scaphoideus titanus ou cicadelle jaune de la vigne, par l’application d’insecticides.

2026 02 13 230207Les applications de pyrèthre naturel ont été réalisées à l’aide d’une « voûte pneumatique 4 mains 4 canons »
(Dhugues SARL, Pouyastruc, France). Photo : SudVinBio

La lutte est collective et régie par l’arrêté du 27/04/2021 qui définit les conditions dans lesquelles les applications sont obligatoires dans certaines zones. Les modalités pratiques de lutte chimique sont précisées à l’échelon local et font l’objet de recommandations du SRAL en liaison avec les organisations professionnelles. Dans les zones concernées par cette lutte obligatoire, entre 1 et 3 traitements peuvent être prescrits. Compte tenu des dégâts importants causés par la maladie et des risques d’arrachage des parcelles en cas de développement de la maladie, l’efficacité des traitements est un enjeu majeur.

En mode de production biologique, les viticulteurs ne disposaient jusqu’en 2023 que d’un seul produit insecticide. Il s’agit du Pyrevert™, un produit à base de pyrèthre naturel. Les essais et les retours d’expérience font état d’une efficacité très variable, posant un défi majeur pour le contrôle du vecteur. L’enjeu clé est d’améliorer l’efficacité des traitements et de pouvoir mieux guider les viticulteurs dans leurs pratiques.

Quatre traitements différents par voûte pneumatique

2026 02 13 230303L’étude a été conduite en 2024 par SudVinBio en partenariat avec l’UMT Ecotech (IFV-Inrae) et la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Les essais ont été conduits début juin (stade BBCH 69) dans deux parcelles de deux domaines viticoles situés dans l’Hérault et conduits selon les modalités de l’agriculture biologique. La parcelle 1 est un Merlot située dans la commune de Boisseron et la parcelle 2 est une parcelle de Mourvèdre située dans la commune de Castries.

Sur les 2 parcelles, les applications de pyrèthre naturel ont été réalisées à l’aide d’une « voûte pneumatique 4 mains 4 canons » (Dhugues SARL, Pouyastruc, France) considérée comme une référence étant donné la forte représentativité de ce type de pulvérisateur au sein du parc de la région Occitanie dans laquelle se situait l’étude (Figure 1 et Photos 1 et 2).

Quatre modalités d’application croisant trois facteurs ont été testées dans les deux parcelles et comparées à une modalité non traitée (TNT, pour Témoin non traité). Le premier facteur était le volume de bouillie par hectare (160 L/ha vs 520 L/ha). Le second facteur était la répartition du produit au sein du cep de vigne (uniface vs face par face). Le troisième facteur était le positionnement du produit sur les feuilles (dessus vs dessous). Ce facteur a été intégré car les larves de Scaphoideus titanus sont localisées sur les faces inférieures des feuilles de vigne. Au travers de différents réglages, la voûte pneumatique a été utilisée pour tester et comparer l’efficacité des 4 modalités d’application suivantes :

  1. FPF MAINS 160 : traitement en face par face uniquement par les mains de la voûte orientées du bas vers le haut de manière à cibler préférentiellement la face inférieure des feuilles, à 160 L/ha ;
  2. FPF CANONS 160 : traitement en face par face uniquement par les canons orientés vers le bas et ciblant prioritairement la face supérieure des feuilles, à 160 L/ha ;
  3. UF MAINS 160 : traitement en uniface uniquement par les mains orientées vers le haut pour cibler la face inférieure des feuilles, à 160 L/ha ;
  4. FPF MAINS 520 : traitement en face par face uniquement par les mains orientées vers le haut pour cibler la face inférieure des feuilles, à 520 L/ha.

Un dispositif expérimental en bandes a été utilisé pour répartir les différentes modalités (Figure 2) dans les parcelles. Pour chaque modalité, 4 placettes d’observation étaient réparties aléatoirement le long des rangs de vigne. Les placettes étaient constituées de 10 ceps de vigne consécutifs et d’apparence homogène sur lesquels 100 feuilles ont été observées (10 feuilles par cep, avec 5 feuilles de part et d’autre de chaque cep). Ce dispositif a été répété trois fois dans la parcelle 1 (Boisseron) et une fois dans la parcelle 2 (Castries). Ainsi, la parcelle 1 compte 12 répétitions par modalité et la parcelle 2 compte 4 répétitions par modalité.

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ravageurs de nouveaux defis 04Les paramètres de réglage du pulvérisateur ont été contrôlés et mesurés avant chacune des applications (vitesse d’avancement du tracteur, débits mesurés pendant une minute aux sorties des mains et des canons, orientation des buses). Le pyrèthre naturel a été appliqué seul à la dose homologuée de 1,5 L/ha, le soir après 19 heures.

L’évaluation de l’efficacité des traitements a nécessité 3 comptages larvaires de Scaphoideus titanus par retournement des feuilles à des dates différentes : avant le traitement pour connaître l’état initial des populations, 1 à 2 jours après le traitement pour évaluer l’efficacité du traitement et 7 jours après le traitement pour valider la persistance de l’effet. L’efficacité a été évaluée grâce à la formule d’Henderson-Tilton :

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  • A = nombre de larves dans le TNT avant le traitement
  • a = nombre de larves dans le TNT après le traitement
  • B = nombre de larves dans la modalité traitée avant le traitement
  • b = nombre de larves dans la modalité traitée après le traitement

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Résultats et comparaisons

Les résultats obtenus dans la parcelle de Boisseron montrent l’intérêt du traitement en face par face comparé à l’uniface au volume de 160 L/ha. La différence de positionnement du produit (dessus/dessous) sur les feuilles au volume de 160 L/ha n’entraine pas de différence significative d’efficacité.

Les résultats montrent en revanche que l’application du pyrèthre naturel à un volume de bouillie important (520 l/ha) entraine une diminution très significative de l’efficacité du traitement. L’ensemble de ces observations sont identiques pour les comptages effectués 1 jour (Figure 3 gauche) et 6 jours après le traitement (Figure 3 milieu).

Malgré le plus faible nombre de répétitions dans la parcelle de Castries par rapport à celle de Boisseron et, par conséquent, la moindre puissance statistique, les résultats obtenus permettent de mettre en évidence des différences d’efficacité entre les quatre traitements (Figure 3 droite). Bien que ces différences ne soient pas significatives, la tendance est similaire à celle observée à Boisseron. La modalité FPF MAINS 160 est celle qui assure la meilleure efficacité suivie de la modalité FPF CANONS 160. Les 2 autres modalités UF MAINS 160 et FPF MAINS 520 présentent des efficacités plus faibles.

La réussite des traitements au pyrèthre naturel apparait variable, très influencée par la qualité de pulvérisation. Le positionnement du produit préférentiellement sur les faces inférieures des feuilles (permis par les mains de la voûte positionnées du bas vers le haut), où se trouvent les larves de Scaphoideus titanus, n’améliore pas l’efficacité du traitement par rapport à l’application du produit par les canons (orientation du jet du haut vers le bas entrainant un positionnement du produit préférentiellement sur les faces supérieures des feuilles).

L’efficacité est améliorée lorsque le produit est appliqué en face par face par rapport à une application en uniface qui reste la pratique majoritaire au vignoble. Un fort volume/ha entraîne une baisse de l’efficacité du traitement. Le pyrèthre naturel semble donc avoir une meilleure efficacité lorsque les gouttelettes générées par l’appareil de pulvérisation sont plus concentrées en substance active. Son effet knock-down, qui provoque une paralysie rapide des insectes après contact, semble amélioré par la concentration élevée, favorisant une action immédiate et augmentant la mortalité des insectes.

Il faut noter que cet essai a été réalisé avec un pulvérisateur pneumatique qui génère de fines gouttelettes. Des tests complémentaires seraient utiles pour étudier l’influence de la taille des gouttes à volume/ha constant sur l’efficacité.

ravageurs de nouveaux defis 063. Le pyrèthre naturel semble avoir une meilleure efficacité lorsque les gouttelettes générées par l’appareil de pulvérisation
sont plus concentrées en substance active. Photo : SudVinbio
ravageurs de nouveaux defis 074. Le pyrèthre naturel a été appliqué seul à la dose homologuée de 1,5 L/ha, le soir après 19 h. Photo : S. Codis

ravageurs de nouveaux defis 085. Il faut noter que cet essai a été réalisé avec un pulvérisateur pneumatique qui génère de fines gouttelettes. Photo : S. Codis

 

La pulvérisation la plus efficace

Cette étude fait suite à des essais conduits de 2020 à 2022 qui avaient mis en évidence l’influence de l’heure d’application sur l’efficacité des traitements au pyrèthre naturel. Les meilleures efficacités du pyrèthre naturel sont observées lorsqu’il est appliqué le soir (après 19 h), plutôt que le matin (avant 9 h). Bien que variables d’une parcelle à l’autre, les gains d’efficacité d’une application de nuit sont en moyenne de 25 %.

Cet essai réalisé en 2024 montre l’intérêt de porter une attention particulière à la qualité de pulvérisation. Afin d’optimiser les traitements au pyrèthre naturel à l’aide d’une voûte pneumatique, il convient de pulvériser impérativement en face par face à volume/ha modéré (160 L/ha dans le cadre de notre essai). Les volumes par hectare importants (520 L/ha) sont à éviter. Enfin, la pulvérisation en uniface (passage 1 rang sur 3 ou passage 1 rang sur 4 avec des voûtes ou avec des aéroconvecteurs) est à proscrire.

En l’absence de données complémentaires, pour des appareils de technologies à jet porté, le conseil sera de pulvériser en face par face à volume/ha modéré en utilisant des buses classiques (ATR, XR, TXA, …) et d’éviter les buses à injection d’air.

REMERCIEMENTS à la Région Occitanie et l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse pour leurs financements.

En Résumé

CONTEXTE
La flavescence dorée reste une menace majeure pour la plupart des vignobles européens, français et italiens en particulier, et touche de nombreuses parcelles ce qui entraîne des pertes économiques importantes. Les viticulteurs en agriculture biologique, qui représentent plus de 20 % de la SAU viticole nationale manquent d’outils performants pour lutter efficacement contre Scaphoideus titanus, la cicadelle vectrice de la maladie.

ÉTUDE
L’optimisation de l’utilisation du pyrèthre naturel constitue une priorité stratégique dans la lutte car il s’agit d’un des deux seuls insecticides autorisés par la réglementation biologique dans le cadre des traitements obligatoires contre Scaphoideus titanus. L’objectif de l’étude était d’identifier les modes d’application permettant d’obtenir une efficacité maximale du pyrèthre naturel.

RÉSULTATS
Les résultats effectués en utilisant une voûte pneumatique montrent que les traitements réalisés en face par face avec un faible volume de bouillie (160 L/ha) sont significativement plus efficaces que les applications réalisées en uniface au même volume/ha mais également que les applications réalisées en face par face à volume/ha plus élevé (520 L/ha).

MOTS-CLÉS
Vignoble bio, flavescence dorée, pyrèthre naturel, cicadelle Scaphoideus titanus, cicadelle jaune de la vigne, voûte pneumatique.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

CONTACT :* margot.huet@sudvinbio.com, davide.bellone@inrae.fr, sebastien.codis@vignevin.com

BIBLIOGRAPHIE :

  • Prazaru S., D’Ambrogio L., Cero M., Rasera M., Cenedese G., Guerrieri E., Pavasini M., Mori N., Pavan F. & Duso C., 2023. Efficacy of Conventional and Organic Insecticides against Scaphoideus titanus: Field and Semi-Field Trials. Insects, 14. https://doi.org/10.3390/insects14020101
  • Tacoli F., Mori N., Pozzebon A., Cargnus E., Da Vià S., Zandigiacomo P., Duso C. & Pavan F., 2017. Control of Scaphoideus titanus with Natural Products in Organic Vineyards. Insects, 8. https://doi.org/10.3390/insects8040129