Photo : Arvalis
Les données consolidées présentées par Phyteis lors de sa conférence de presse annuelle du 12 février 2026 confirment une transformation profonde et durable du marché français des solutions de protection des cultures.
Les tendances observées depuis plus de vingt ans s’accélèrent, avec une divergence inédite entre substances actives conventionnelles et solutions utilisables en agriculture biologique, tandis que l’agriculture de précision s’impose progressivement dans les exploitations.
Un marché en recul structurel
Depuis 2008, les volumes de substances actives conventionnelles vendues aux distributeurs ont reculé de 44,1 %, pour atteindre 50 054 tonnes en 2024. En 2025, le chiffre d’affaires des adhérents de Phyteis s’élève à 2,4 milliards d’euros. Mais c’est la divergence des courbes d’évolution qui constitue le fait marquant de l’exercice : pour la première fois, les trajectoires des substances actives conventionnelles et des produits utilisables en agriculture biologique (AB) s’opposent nettement.
Par rapport à 2023, les volumes conventionnels reculent de 5 % tandis que les volumes utilisables en AB progressent de 23 %. La part des solutions compatibles AB représente désormais 33,4 % des volumes vendus, soit un tiers du marché.
Cette évolution reflète à la fois des retraits réglementaires et une transformation des pratiques, mais aussi des contraintes croissantes d’accès aux solutions. Depuis plus de six ans, aucune nouvelle substance active conventionnelle n’a été autorisée dans l’Union européenne, tandis que plus de 80 substances ont été retirées du marché, y compris en biocontrôle. Dans ce contexte, un agriculteur sur trois déclare des difficultés d’accès à des produits phytopharmaceutiques standards.
Essor des outils d’agronomie digitale
La transformation du marché s’accompagne d’une montée en puissance des outils d’aide à la décision. En 2025, près de 15 % de la surface agricole utile hors prairies est couverte par au moins un outil d’agronomie digitale (OAD). Ces dispositifs permettent un pilotage plus fin des interventions phytosanitaires, réduisant les doses appliquées tout en sécurisant les rendements face aux aléas climatiques et à la pression des bioagresseurs.
L’approche combinatoire, qui intègre agronomie digitale, biotechnologies, biosolutions et produits phytopharmaceutiques, est au coeur de la stratégie des entreprises adhérentes. En 2024-2025, près de 5 000 essais agronomiques ont été conduits, dont un sur cinq dédié à cette approche intégrée.
Le biocontrôle, bien que porteur, reste freiné dans son déploiement : sa part de marché stagne autour de 12 % depuis trois ans, malgré les avancées attendues du règlement Omnibus « food & feed » publié par la Commission européenne le 16 décembre 2025, qui vise à amender le règlement 1107/2009 afin de simplifier les procédures d’évaluation et d’autorisation.
Enjeux réglementaires et compétitivité
Sur le plan réglementaire, Phyteis pointe plusieurs freins structurels à la compétitivité des filières françaises. La balance commerciale des produits agricoles bruts est déficitaire de 300 millions d’euros en 2025, signal d’alerte sur la perte de compétitivité de la production nationale.
L’organisation professionnelle appelle à l’alignement de la réglementation française sur le cadre européen, notamment sur deux points : la levée du maintien de la séparation vente-conseil pour les producteurs de solutions phytopharmaceutiques conventionnelles, et la fluidification des procédures d’AMM, la réglementation française ne permettant pas, contrairement au cadre européen, le dépôt de compléments d’information en cours d’évaluation.
La proposition de loi transpartisane sur les surtranspositions et le projet de loi d’urgence agricole annoncé en janvier 2026 constituent des opportunités de rétablir une parité d’accès aux solutions entre agriculteurs français et leurs homologues européens.
C. Nioncel



