PROTECTION DU COLZA

Les résultats¹ du Plan de sortie du phosmet (2022-2025) marquent une étape clé pour la protection du colza. Dans un contexte de retrait des substances actives et de pression accrue des ravageurs d'automne, ce programme collectif apporte des pistes de solutions.

Le retrait du phosmet, insecticide organophosphoré utilisé depuis les années 1970 contre les ravageurs d'automne du colza (Brassica napus), a constitué un défi majeur pour les systèmes de culture. Comme le soulignait déjà Phytoma (n° 779-780), cette évolution réglementaire a accéléré la nécessité de repenser les méthodes de protection, en mobilisant des approches intégrées associant plusieurs leviers.

Dans ce contexte, le Plan de sortie du phosmet (2022-2025) a été conçu comme un dispositif de recherche et d'innovation. Coordonné par Terres Inovia, INRAE et Sofiprotéol, il a mobilisé 26 partenaires autour de 11 projets, pour un budget de 6 millions d'euros. L'ambition était de produire des solutions alternatives à la fois efficaces, durables et transférables.

Son approche systémique combine acquisition de connaissances sur les bioagresseurs – notamment la grosse altise (Psylliodes chrysocephala) –, expérimentations multi-échelles et validation en conditions de production. Au total, 330 parcelles ont été suivies, 420 essais conduits et 50 territoires impliqués dans des stratégies de gestion à l'échelle du paysage.

 L apres phosmet2Photo : A.-Y. Guillerm-Erckelboudt - INRAE

Plusieurs pistes, certaines concluantes

Quatre leviers agronomiques ont démontré une efficacité robuste. L'optimisation des pratiques d'implantation permet d'obtenir des peuplements plus vigoureux, capables de tolérer les attaques précoces. L'apport d'azote à l'automne favorise une croissance rapide, limitant l'impact des dégâts larvaires. Le travail de sélection variétale progresse avec l'intégration d'un critère de tolérance aux ravageurs dans les classements. Enfin, les intercultures-pièges à base de radis chinois (Raphanus sativus) contribuent à réduire les populations d'altises en perturbant leur cycle.

En parallèle, certaines pistes ont en revanche été écartées. Les associations variétales ou interspécifiques n'ont pour l'heure pas montré d'effet significatif, tout comme les biostimulants testés. Plusieurs solutions de biocontrôle n'ont pas encore atteint un niveau d'efficacité suffisant en condition de terrain, confirmant les limites déjà observées.

Des voies à explorer

Le programme a en revanche permis d'ouvrir des perspectives prometteuses. L'utilisation de médiateurs chimiques issus de brassicacées, capables d'attirer ou de repousser les ravageurs, constitue un axe innovant. La caractérisation des récepteurs olfactifs de la grosse altise pourrait permettre de développer des stratégies de biocontrôle plus ciblées. Par ailleurs, des avancées en sélection variétale laissent entrevoir la mise au point de génotypes intégrant des résistances partielles. Deux produits de biocontrôle apparaissent également prometteurs, sous réserve de mieux définir leurs conditions d'efficacité.

Au-delà des résultats scientifiques, le plan se distingue par son effort de transfert. Plus de 100 conseillers ont été formés et 34 plateformes de démonstration déployées. Cette dynamique a contribué à conforter la culture du colza, dont les surfaces ont progressé de 980 000 hectares en 2022 à 1,3 million en 2025.

C. Nioncel



Chiffres clés :

  • budget de 6 millions d’euros
  • 11 projets de recherche
  • 26 partenaires mobilisés
  • 330 parcelles suivies
  • 420 essais agronomiques mis en oeuvre
  • 34 plateformes de démonstration sur 50
  • territoires impliqués
  • 109 conseillers formés

 

 

Photo : B. Nicolas - INRAE

(1) Présentés le 24 mars 2026 lors du colloque final Plan de sortie du phosmet, à Paris.