Le rapport de l’INRAE sur les alternatives aux insecticides néonicotinoïdes, remis le 28 octobre 2025 à la ministre de l’Agriculture, dresse un état des lieux de la situation et propose des solutions.

2026 02 12 163059Sollicité en mai dernier, en plein débat sur l’acétamipride, l’institut a mobilisé seize experts pour examiner les solutions disponibles – chimiques ou non – dans six filières de productions végétales : betterave, pommier, cerisier, noisette, figuier et navet.

L’étude intervient dans un contexte tendu : alors que certains élus plaidaient pour réintroduire temporairement les néonicotinoïdes, le Conseil constitutionnel a rejeté cette possibilité, l’été dernier. Le ministère a donc demandé à l’INRAE d’identifier les impasses phytosanitaires que ces produits prétendaient combler, et de proposer des leviers durables de substitution.

Des filières fragilisées mais en mouvement

Toutes les filières étudiées sont déjà engagées dans une démarche de protection alternative, mais avec des degrés d’avancement variables. « La transition n’est pas achevée et l’enjeu actuel est de la réussir tout en maintenant compétitivité et productivité », souligne le rapport. Les experts constatent des situations contrastées suivant les cultures (voir encadré).

Prophylaxie, biocontrôle et coordination territoriale

2026 02 12 163324Pour sortir de cette dépendance, l’INRAE appelle à une refonte globale de la protection des cultures. Le rapport met en avant trois leviers transversaux : la prophylaxie, pour abaisser la pression des ravageurs par des pratiques préventives ; la lutte combinatoire, associant biocontrôle, variétés résistantes et traitements avec des produits de synthèse limités ; et la coordination territoriale, indispensable pour gérer les insectes polyphages qui circulent entre cultures voisines.

Les chercheurs insistent aussi sur la nécessité d’une épidémiosurveillance fine, permettant d’ajuster les traitements au bon moment, et sur la clarification du cadre réglementaire, notamment pour les produits de biocontrôle et les dérogations temporaires dont certaines filières dépendent encore totalement.

Des pistes à consolider

L’institut recommande d’accélérer la recherche et la diffusion de références techniques fiables, en s’appuyant sur les réseaux de fermes expérimentales (comme celles du PNRI pour la betterave). Il appelle également à la mise en place de stratégies assurantielles pour compenser les risques de pertes de récolte encourus par les producteurs engagés dans la transition.

Au-delà des solutions techniques, le rapport souligne l’urgence d’une vision collective, associant agriculteurs, instituts techniques, entreprises et pouvoirs publics. « Des transformations essentielles sont en cours, mais elles doivent être soutenues et finalisées », conclut l’INRAE.

SITUATIONS SELON LES FILIÈRES

  • Betterave sucrière : la protection contre les pucerons vecteurs de jaunisse repose sur deux produits, en attendant l’homologation de nouvelles solutions. L’INRAE recommande une lutte combinatoire intégrant prophylaxie, biocontrôle et produits de synthèse.
  • Pommier : face aux pucerons et à l’anthonome, les itinéraires de protection doivent être repensés sur des bases systémiques, avec un panel élargi de produits efficaces et des références techniques fiables. L’usage accru des pyréthrinoïdes est jugé préoccupant pour la faune auxiliaire.
  • Cerisier : la lutte contre Drosophila suzukii dépend encore de dérogations annuelles. L’institut plaide pour accélérer la mise en œuvre des solutions biologiques (Ganaspis kimorum, insecte stérile) et des filets de protection.
  • Noisette : la « punaise diabolique » et le balanin restent mal maîtrisés. Les solutions de biocontrôle (parasitoïdes, plantes pièges, médiateurs chimiques) sont en R&D ; la lutte chimique demeure dominante.
  • Figuier : la dépendance à la deltaméthrine accroît le risque de résistance. Une surveillance renforcée et un effort de recherche en biocontrôle sont préconisés.